De la jouissance à la soumission

Publié le par Jean Baudrillard

 

Une des meilleures preuves que le principe et la finalité de la consommation n’est pas la jouissance est que celle-ci est aujourd’hui contrainte et institutionnalisée non pas comme droit ou comme plaisir, mais comme devoir du citoyen. Il doit veiller à mobiliser constamment toutes ses virtualités, toutes ses capacités consommatives. S’il oublie, on lui rappellera gentiment et instamment qu’il n’a pas le droit de ne pas être heureux. Il n’est donc pas vrai qu’il soit passif : c’est une activité continnuelle qu’il déploie, qu’il doit déployer. Sinon il courrait le risque de se contenter de ce qu’il a et de devenir asocial.

Il faut tout essayer car l’homme de la consommation est hanté par la peur de rater quelque chose, une jouissance quellle qu’elle soit. On ne sait jamais si telle ou telle expérience ne tirera pas de vous une sensation. Ce n’est plus le désir ni même le goût ou l’inclination spécifique qui sont en jeu, c’est une curiosité généralisée mue par une hantise diffuse … où l’impératif de s’amuser, d’exploiter à fond toutes les possibilités de se faire vibrer, jouir, ou gratifier.
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Publié dans lecture O-O

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