Club Dorothée

Je devais avoir six ou sept ans quand une amie ma proposé de faire partie du public et dassister à lenregistrement de lémission
le célèbre « Club Dorothée »
! (car son papa avait des places). Oh joie Oh bonheur ! Je pense sincèrement quà lépoque il ny avait pas lengouement télévisuel qui existe aujourdhui. En aucun cas, sous prétexte que jallais passer à la télé je lavais clamé sous tous les toit, et en aucun cas mes parents pensaient à enregistrer lémission. A six ans la gloire se fait à petite échelle.
Beaucoup de curiosité ! Ca commençait déjà très fort : la voiture qui memmenait avait un « intérieur cuir » et me semblait immense ! (quand on est petit il ne faut pas grand-chose pour être intimidée), il y avait même un accoudoir qui pouvait se déplier entre les deux passagers arrières. (wow trop fort non ?). Je ne sais plus où se trouvaient les studios, si cétait à Paris même ou en banlieue.
Il y avait beaucoup denfants dans les gradins, ça hurlait, ça chantait. Puis un « chauffeur de salle » fit le silence et expliqua que cétait lui qui nous dirait quand rire, quand applaudir
Mon esprit de contradiction (déjà !) mincita à ne pas répondre à ses attentes
puis applaudir à force ça fait mal aux mains !

Ca me paru très long, les gens sur la scène souriaient exagérément (mais apparemment à la télé « ça se passe comme ça » et ça passe mieux quen vrai. Puis à la toute fin, les « Jumelles » (des blondes bouclées) devaient chanter
et ce fut la stupeur ! car elles remuaient leurs lèvres mais le son nen sortait pas !! Et oui javais ainsi découvert le PLAY BACK ! Peut être pour ça que pendant très longtemps je suis restée septique face à la musique. Où est le vrai ? Où est le faux ? Qui le sait vraiment ? En tout cas, à partir de ce moment, je me suis mise à penser que dans ce monde tout nest donc pas vrai puisque ces gens sont faux. Et quà moins dêtre dans les coulisses de chaque évènement, on a toutes les possibilités de devoir croire à ce que lon nous dit plus quà ce que lon peut voir car on est pas en mesure de voir tout ce qui se passe mais on ressent le besoin dêtre au courant de ce qui est susceptible de sêtre passé
ON EST DONC TOUTE NOTRE VIE A LA MERCI DE PARTIR DU PRINCIPE DE CE QUE LON NOUS DIT EST PROBABLEMENT VRAI, faute de preuve du contraire, mettre de côté les infos en attendant confirmation. On se construit donc une vision du monde « vrai sauf preuve du contraire » car sinon on ne se baserait plus sur rien et le déséquilibre mental est assuré.
Ce nest plus « je pense donc je suis » mais « je pars du principe que tu ce que tu me dis est vrai, cest un accord tacite entre nous, car je nai pas les moyens de vérifier tout, tout le temps
» et cest comme dans dautres domaines de raisonnement : en philosophie comme en physique : on développe des concepts en « partant du principe que » = en emetant des hypothèses sur lesquelles reposent dautres hypothèses et former des schémas de pensée plus complexes

Bref le club dorothée cest comme la vie, comme les gens, on y croit jusquau jour où on est déçut, jusquau jour où lillusion devient désillusion, jusquà ce que les masques tombent. Mais entre temps on aura avancé, on aura vécu. Puis cétait sympa le club dorothée quand même. Cest juste comme tout : quand on sait comment ça fonctionne, comment ça marche : la magie disparaît. Cest le DESENCHANTEMENT du monde (mais pour savoir comment marche le monde, ça va, ya de la marge =D)